Dans le royaume de Fort Fort Lointain...

06-10-2015

L’histoire du Château Gigognan s’avère être d’une grande richesse, tant agricole que culturelle.

Au commencement, l’empire  romain : il  colonise tout le sud de la France pour sa position stratégique (voie idéale  jusqu’à la péninsule  ibérique  et essor  économique  à  Massilia, comptoir développé par les marchands grecs et Phocéens). Un légionnaire du nom de Gigius se voit attribuer  les terres actuelles de Gigognan pour y bâtir un temple destiné à accueillir les voyageurs. Une des coutumes romaines était d’attribuer le nom du soldat en charge d’administrer ses terres et c’est ainsi que son nom fut décliné au fil du temps en «  Gigonius », « Saint Martini de Gigonano », « Gigongnan » pour devenir enfin Gigognan . Dès le IVème siècle avant JC apparait une polyculture agricole intense, (céréales, légumineuses, fruitiers puis figuiers, grenades et oliviers) et comme toutes les autres exploitations alentours conduites par ses pairs , ils parviennent à enrichir la  localité jusqu’à faire de ce site une entité à part entière.

La fin du IVème siècle marque les dernières heures de l’antiquité, l’épuisement des échanges commerciaux et l’entrée dans une nouvelle ère durant laquelle la religion monothéiste commence à s’implanter, le Haut Moyen âge. Les pratiques polythéistes  romaines souffrent de cette conquête ecclésiastique et le petit temple sis à Gigognan est pillé et détruit pour laisser place à une chapelle, consacrée dorénavant à cette religion naissante. 

Plus tard, vers 1200, ce domaine étendu devient un fief,  qui formait avec Châteauneuf-du-Pape et Bédarrides une principauté conduite par l’archevêché d’Avignon. On suppose que le trèfle qui symbolise le château aujourd’hui représente l’union ces trois communautés.  

Même si Gigognan est définitivement reconnue en tant que commune à part entière au XIV ème siècle, il jouit de la réputation  de Pont de sorgues (actuellement Sorgues)  et de son essor : vergers luxuriants, vivier majestueux, jardins et ménageries sauvages  entouraient le centre de villégiatures des papes…qui était aussi palais de gouvernance ! Peu le savent mais les fonds financiers dédiés à sa construction furent  plus importants que ceux consacrés aux Palais d’Avignon, de Villeneuve ou autres résidences papales.

Une activité monastique dense  anime alors Gigognan et c’est grâce à cette papauté itinérante que la vigne est plantée là ou résident les papes ! Cependant, les sites archéologiques qui ont livré les plus anciennes traces archéo-botaniques de vigne cultivée sont ceux du Mourre de Sèves à Sorgues, de  Lattes dans l’Hérault et quelques autres dans le Gard. La vigne était donc bien présente ici à l’âge du Fer, du VIème au Ier siècle avant notre ère. Et probablement bien avant encore, l’histoire ne nous ayant pas encore dévoilé l’intégralité de ces mystères…  

 

 

 

Les vins produits ici à cette époque sont plus réputés que ceux de Châteauneuf du Pape, qui jouissent des mêmes terroirs (terrasses du Rhône).C’est la  Nationale 7, initialement voie romaine créée pour relier Lyon à Rome, qui coupe presque «  naturellement » la future aire d’appellation en deux… nul doute qu’à l’époque déjà, c’est celui qui vantait son vin le plus fort qui en augmentait sa cote…et c’est ainsi que Châteauneuf du Pape s’attribua son mérite et ses superlatifs.

Mais l’âge d’or  de Gigognan à la fin du XVIIIème siècle  touche lentement à sa fin. En effet, son déclin commence après de multiples acquisitions malheureuses durant lesquels les propriétaires successifs n’y gèrent plus ni chasses ni cultures. En perte d’autonomie, la commune est rattachée à nouveau à Pont de Sorgue début XIXème. Seul le registre paroissial montre une activité religieuse où mariages, baptêmes et sépultures sont célébrés malgré l’état de délabrement du site non entretenu.

Les guerres successives, diverses occupations et le temps ont définitivement eu raison de la bâtisse ; les vignes seront travaillées malgré tout jusqu’à l’acquisition par les propriétaires actuels qui redonnent dès 1996 à Gigognan ses lettres de noblesse. De très lourds investissements sont réalisés et la construction d’une cave de vinification en 1998 réhabilite le passé viticole du domaine.

 Anecdotes 

Depuis l’ère romaine, pour alimenter les chantiers dans ce district en pleine expansion, les carrières de Gigognan et Castillon supportent une servitude d’extraction de pierres  au profit de Bédarrides, notamment pour  le réseau routier, l’église paroissiale, le pont de l’ouvèze… Des siècles plus tard, c’est un ancien entrepreneur, exploitant de carrières de pierre de la région qui restaure ce domaine.

Quant au petit temple romain construit pour accueillir voyageurs et colonisateurs, il continua à recevoir hôtes et visiteurs dans ce qui devint un prieuré au XIVème, gardé par la statut de St Christophe, St patron des voyageurs…aujourd’hui, et ce depuis 4 ans, Château Gigognan fait honneur à la fonction historique de ce site en y développant l’oenotourisme grâce à ses 5 chambres d’hôtes et son site préservé…les vocations de Gigognan semblent naturellement perdurer à travers les siècles. 

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